Tikal, l’incontournable site maya perdu dans la jungle

Resté oublié pendant de nombreuses années, le site de Tikal, situé dans le parc naturel du même nom au nord du Guatemala est un incontournable pour les aventuriers passionnés de nature et d’histoire. En effet, inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, il est l’un des rares biens de la liste à avoir été sélectionné autant pour des critères naturels que culturels. Tikal est surtout l’ancienne capitale d’un royaume Maya qui a rayonné plusieurs siècles sur la péninsule du Yucatan au sud du Mexique.  

Une faune et une flore exceptionnelles

Situé à 60 km de la ville de Flores, le parc national de Tikal comprend 570 km2 de forêts préservées où se côtoient une verdoyante flore et une riche faune. Dans la jungle épaisse, composée de plus de 200 espèces d’arbres et 2000 plantes, se déploie notamment le ceiba, l’arbre national du Guatemala. Selon la croyance Maya, cet arbre était sacré et permettait l’élévation des esprits des morts.

Le parc est le refuge de nombreuses espèces de singes dont les singes hurleurs : leurs cris ne passent pas inaperçus parmi ceux des toucans, des perroquets et les plus de 300 autres espèces d’oiseaux tropicaux. Plus difficiles à observer, jaguars et pumas habitent aussi les environs. Au petit matin, la forêt s’éveille et s’agite petit à petit : un spectacle incroyable et immanquable !

Le plus grand site maya du Guatemala

Mais Tikal ne se limite pas à son cadre naturel luxuriant, il est l’un des plus grands sites connus à ce jour de la civilisation Maya. Celle-ci compte parmi les plus anciennes d’Amérique et s’étendait principalement sur la péninsule du Yucatán et comprenait un territoire incluant l’actuelle partie sud du Mexique, le Guatemala, le Belize ainsi qu’une partie du Salvador et du Honduras.

Les débuts de la construction de Tikal sont mal attestés : l’installation des Mayas sur le site remonteraient à 900 av J.C. Géographiquement, Tikal s’intègre dans la région dites des Basses Terres du sud, où avec Palenque et Copán le modèle de développement était celui de cités-Etats durant la période classique. Les premières édifications remonteraient au IVe siècle avant J.C. Elles vont se poursuivre au fil des années accompagnant la prospérité de la ville.

En dépit de l’absence de ressources en eau à proximité, les Mayas ont réussi à rendre vivable la ville grâce à la construction de barrages qui concentraient les réserves recueillies de la pluie. Ce fait hors-du-commun est à souligner : une grande ville uniquement alimentée d’eau provenant des précipitations saisonnières stockées. La ville comptait jusqu’à 10 réservoirs. Par un système d’irrigation la ville comptait sur un système agricole très avancé utilisant certaines techniques de l’agriculture intensive. La culture se faisait via le défrichage partiel de la forêt, les Mayas parvenaient à créer leurs propres sols propices à la culture du maïs et du haricot.

La civilisation Maya à son apogée

Lors de la période classique (250 ap. J.C. à 900 ap. J.C.) correspondant à l’apogée de la civilisation Maya, la région des Basses Terres du Sud n’est pas un ensemble politique unifiée. Contrairement à l’idée reçue, la civilisation Maya n’était pas un Empire mais reposait sur des cités-Etats ayant des relations conflictuelles plus ou moins élevées entre elles. La prospérité des villes se font et se défont via la conquête de villes vassales et l’alliance entre différentes cités.

Infos pratiques: Notre article sur la visite de Tikal

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Au VIIIe siècle (après J.C.), Tikal connaît son apogée. Durant cette période, la ville est la plus grande du monde Maya selon toute vraisemblance. C’est un carrefour commercial, un centre culturel et religieux de grande ampleur. Tikal rayonne sur une grande partie de la région. Elle est le centre névralgique de la civilisation Maya à la période classique. Les liens qu’entretiennent Tikal et Teotihuacan, la grande métropole située dans la vallée de Mexico, assoit l’influence de Tikal sur sa région. Ces échanges se manifestent notamment à travers l’architecture, la céramique et la sculpture.

Durant la période classique, l’expansion de Tikal connaît toutefois un arrêt de la fin du VIe siècle jusqu’à la fin du VII siècle. Durant cette centaine d’année, appelé le Hiatus de Tikal, la ville ne construit pas de grands édifices. Ce constat des archéologues a d’abord laissé dubitatifs les historiens. Après des recherches comparées, une hypothèse a été formulée : la cité de Caracol se serait alliée à Calakmul et aurait vaincu Tikal. A la suite de la sévère défaite militaire, le roi de Tikal est capturé et sacrifié. Une partie de la population de la ville est déplacée vers les cités vainqueurs. La rupture que constitue le hiatus a permis aux historiens et archéologues de diviser la période classique entre période classique ancienne et période classique tardive.

 

A la fin du VIIe siècle, retournement de situation : Calakmul est vaincue par Tikal et amorce son déclin.  La période classique tardive voit la reprise de la construction d’édifices de grandes importances. Les pyramides actuellement visibles sur le site ont été érigées à partir de cette nouvelle ère. Au nombre de six, et allant jusqu’à une hauteur de plus de 60 mètres de haut, l’érection des pyramides a été réalisées sur des structures préexistantes datant de la période classique ancienne. Pour les Mayas, la base de la pyramide servait à mettre en valeur et donner une plus grande importance au temple qui se situe à son sommet. Centre religieux qui rythme l’ensemble de la vie de la cité, les temples se dressent au dessus du commun des mortels et symbolisent le dialogue avec les Dieux. Leur architecture s’appuie sur des pierres calcaires qui étaient extraites dans les environs. Les carrières étaient par la suite imperméabilisées pour en faire des réservoirs.

La ville s’organise d’une grande place centrale autour de laquelle se déploient les temples I et II, l’acropole Nord et centrale. A proximité de celle-ci se trouvent les palais royaux et des bâtiments ayant des fonctions administratives. Sept cours de jeu de balle, sport rituel pratiqué dans l’ensemble de la Mésoamérique, ont également été mis à jour. Les ensembles du centre de la cité est reliée par des chaussées qui permettaient de circuler pendant la saison des pluies et également la collecte de l’eau.

Sur la population de Tikal, les chiffres sont très variables. Les estimations vont de 10 000 à 90 000 habitants et incluraient jusqu’à 425 000 habitants pour la zone environnante.

Du déclin à l’oubli

A la fin du IXe siècle, les guerres, endémiques dans la région entre les différentes cités rivales, s’accentuent et s’intensifient. Des villes de moindre ampleur entrent en guerres sans interruptions comme par exemple Piedras Negras contre Yaxchilan ou encore Quirigua qui entre en conflit avec Copán.

Selon toutes vraisemblances, Tikal n’était pas directement concernée par les conflits. Toutefois, un afflux de réfugiés de la région du Petexbatun, à 160 km au sud de Tikal, a entrainé un déséquilibre pour la ville. La ville connaît alors un pic de population. Les ressources limitées de son environnement s’affaiblissent. En 2014, des chercheurs de l’Université de Cincinnati ont confirmé cette hypothèse. Via l’études des plantes et des moyens de culture, ils confirment que le défrichement intensif de la forêt aurait conduit à un assèchement et puis progressivement à un déficit en eau. La conséquence a été le manque de nourriture pour la population. Tikal connaît alors un déclin démographique rapide entre 830 et 950. Après cette date, la ville est désertée.

Abandonné, le site de Tikal est progressivement enseveli par la forêt pendant presque 1000 ans. La civilisation Maya connaît le même sort avec sa marginalisation pendant la conquête espagnole. L’oubli d’une civilisation entière s’explique par le fait que les prêtres européens, peu après la conquête espagnole aux XVIe et XVIIe siècles, ont brûlé la quasi-totalité des livres en écorce de figuier laissés par les Mayas.

Une redécouverte tardive et incomplète

Les habitants aux alentours de Tikal avaient connaissance du site, mais son enclavement et les difficultés pour s’y rendre ont retardé sa redécouverte. Il faut attendre 1848 pour qu’une première expédition atteigne la cité Maya, composé du gouverneur du département Ambrosio Tut et du colonel Modesto Mendez. En 1881, l’explorateur et diplomate britannique Alfred Maudslay se rend aussi sur les ruines et commence à dégager les premiers bâtiments de la végétation.

Il faut toutefois attendre 1950 pour le lancement des premiers travaux de restauration. En 1955, le parc national du Tikal est créé par le Guatemala afin de préserver le site et son environnement exceptionnel. L’année suivante commence d’importantes fouilles archéologiques qui sortent le site peu à peu de sa torpeur tropicale. Les recherches, menées entre autres par l’Université de Pennsylvanie, cartographient le site. Près de 200 monuments sont répertoriés et étudiés. La structure sociale est mise à jour : les élites vivaient près des temples tandis que les habitants excentrés s’occupaient des tâches agricoles et de la gestion de l’eau.

En 1979, vient la reconnaissance de l’Unesco avec l’inscription au Patrimoine Mondial : cela confirme le grand intérêt de la cité Maya. Les fouilles continuent notamment sous l’impulsion du gouvernement guatémaltèque.

De nos jours, le site continue d’être l’objet de recherches et de fouilles archéologiques. Seul 20% du site est accessible aux visiteurs tandis que les archéologues s’affairent sur les 80% restants. Tikal n’a pas terminé de révéler ses secrets…

 

Auteur: Antoine Duriez